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Dossier métier · Le logiciel de gestion BTP qui suit vos artisans sur le chantier

Calculer une situation de travaux, ligne par ligne

Une situation ne facture pas le mois écoulé : elle facture l'écart entre l'avancement d'aujourd'hui et tout ce qui a déjà été facturé. C'est cette nuance qui produit la plupart des erreurs, et un exemple complet vaut mieux qu'une définition.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

Ce que dit le contrat avant ce que dit le tableur

Une situation de travaux n’est pas une convention interne : c’est la façon dont un marché de travaux se paie par étapes. Le principe est simple à énoncer et facile à mal appliquer. On facture l’avancement constaté depuis l’origine du chantier, moins tout ce qui a déjà été facturé.

En marché privé, le rythme, le mode de constat de l’avancement et le délai de paiement sont ceux du marché. Beaucoup de contrats renvoient à la norme NF P03-001, qui sert de cahier des clauses administratives générales de référence pour les marchés privés de travaux de bâtiment quand les parties l’ont visée.

En marché public, ces règles sont celles du cahier des clauses administratives générales applicable au marché, qui régit le contenu du projet de décompte mensuel, son visa par le maître d’œuvre et les délais.

Dans les deux cas, la même mécanique. Ce qui change, ce sont les délais et le formalisme.

L’exemple, du marché au net à payer

Prenons une rénovation lourde, marché privé, trois lots, TVA à 10 % parce que le logement a plus de deux ans.

Le marché initial : 180 000 € HT.

Lot Montant au marché
Gros œuvre 90 000 €
Charpente et couverture 54 000 €
Menuiseries extérieures 36 000 €
Total marché 180 000 €

Un avenant signé le 12 mars : reprise de fondations non prévue, +7 500 € HT. Le marché passe à 187 500 €.

L’avancement au 31 mars, constaté sur le chantier :

Lot Montant Avancement Cumul exécuté
Gros œuvre 90 000 € 100 % 90 000 €
Charpente et couverture 54 000 € 60 % 32 400 €
Menuiseries extérieures 36 000 € 10 % 3 600 €
Avenant n° 1 7 500 € 40 % 3 000 €
Cumul depuis l’origine     129 000 €

La déduction, l’étape qu’on oublie. Les situations n° 1 et n° 2 ont déjà facturé 84 000 € HT.

Cumul depuis l'origine              129 000,00 €
Situations précédentes             − 84 000,00 €
─────────────────────────────────────────────────
Travaux du mois (HT)                 45 000,00 €

Le net à payer, et l’ordre des opérations :

Travaux du mois (HT)                 45 000,00 €
TVA 10 %                            +  4 500,00 €
─────────────────────────────────────────────────
Total TTC                            49 500,00 €
Retenue de garantie 5 % du HT       −  2 250,00 €
─────────────────────────────────────────────────
NET À PAYER                          47 250,00 €

Retenez la dernière ligne du calcul de TVA : 4 500 €, pas 4 275 €. La TVA porte sur 45 000 €, la totalité des travaux du mois, y compris la part que le maître d’ouvrage conserve en garantie. La retenue est un prélèvement sur le paiement, pas une remise sur le prix.

L’erreur inverse, très répandue, consiste à calculer la TVA sur 42 750 € : elle sous-déclare la TVA collectée de 225 € sur cette seule situation, et de façon systématique sur tout le chantier.

Les quatre pièges qui coûtent cher

Facturer le mois au lieu du cumul. Un chantier où l’avancement d’un lot est revu à la baisse au mois suivant devient incalculable si on ne raisonne qu’en mensuel. Le cumul, lui, se corrige tout seul : une situation peut afficher un montant du mois plus faible, voire nul, sans que rien ne soit faux.

Oublier une situation dans la déduction. La conséquence est une double facturation, et elle se découvre au décompte final, au moment où le maître d’ouvrage refait ses comptes. C’est un mauvais moment pour perdre la confiance.

Facturer des travaux supplémentaires non signés. Le mémoire, l’ordre de service verbal, la promesse en réunion de chantier : rien de tout cela ne vaut un avenant. Le sujet est traité en détail dans le dossier sur les avenants.

Confondre approvisionnement et avancement. Du carrelage livré sur le chantier n’est pas du carrelage posé. Certains marchés prévoient une ligne « approvisionnements » qui se facture séparément, souvent avec transfert de propriété et garanties spécifiques. Hors de cette clause, un approvisionnement ne se facture pas.

Ce que la situation déclenche ensuite

Une situation facturée n’est jamais un point final. Elle crée trois obligations qui vivent longtemps après :

C’est pour cette raison qu’une situation calculée dans un tableur isolé finit toujours par se déconnecter du reste : les trois suites ci-dessus ont besoin du même cumul.

Dans OrgaVision

Le cadre de prix du chantier est celui du devis accepté : les lots, leurs montants et leurs avenants sont déjà là, il n’y a pas de ressaisie du marché. Vous saisissez l’avancement de chaque lot, et la situation calcule le cumul, en déduit les situations antérieures et produit la facture.

Le taux de retenue est celui inscrit à votre marché, saisi une fois sur le chantier. La ligne de retenue est posée sur la facture de situation et vient alimenter le suivi des retenues, où l’on voit à tout moment ce qui est retenu, ce qui est libéré et ce qui reste à réclamer.

Les avenants signés entrent dans le cadre de prix et deviennent facturables à partir de leur signature. Ceux qui ne sont pas signés restent visibles mais n’entrent pas dans le calcul.

En fin de chantier, le décompte général reprend l’ensemble des situations validées, les avenants et les retenues, sans qu’aucun chiffre ne soit à reporter à la main.

Calculer une situation de travaux

Les six étapes, dans l'ordre. Sauter la quatrième est l'erreur la plus fréquente.

  1. 1

    Relever l'avancement de chaque lot

    Pour chaque poste du marché, le pourcentage réalisé à la date d'arrêté. L'avancement se constate sur le chantier, il ne se déduit pas du temps écoulé.

  2. 2

    Chiffrer l'avancement en euros

    Montant du lot au marché multiplié par son pourcentage d'avancement. On additionne tous les lots : c'est le cumul des travaux exécutés depuis l'origine.

  3. 3

    Ajouter les avenants signés

    Chaque avenant a son propre montant et son propre avancement. Un avenant non signé ne se facture pas, même si les travaux sont faits.

  4. 4

    Déduire les situations précédentes

    On retire le cumul de tout ce qui a déjà été facturé. Le résultat est le montant du mois. C'est l'étape qu'on oublie, et l'oubli facture deux fois.

  5. 5

    Appliquer la TVA sur le montant du mois

    Le taux dépend de la nature des travaux et du logement, pas du client. La TVA porte sur le montant hors taxes des travaux, avant toute retenue.

  6. 6

    Retirer la retenue de garantie du montant à payer

    La retenue est un prélèvement sur le paiement, pas une réduction du prix. Elle se déduit après la TVA, et elle est conservée jusqu'à la fin de la garantie.

Questions fréquentes

Une situation de travaux, c'est une facture ou un acompte ?
C'est une facture à part entière. Elle constate des travaux réellement exécutés et elle est exigible comme n'importe quelle facture. Un acompte, à l'inverse, est versé avant tout travail et ne constate rien : il se déduit ensuite des situations. Les deux coexistent sur un même chantier, et il faut les distinguer parce que la TVA n'est pas exigible au même moment et que l'acompte se rembourse alors que la situation, non.
Sur quelle base se calcule le pourcentage d'avancement ?
Sur le montant du lot au marché, pas sur le temps passé ni sur les dépenses engagées. Un lot dont le matériel est livré mais non posé n'est pas avancé : l'approvisionnement se facture séparément quand le marché le prévoit, sous la ligne « approvisionnements » qui a ses propres règles. Confondre les deux gonfle la situation et se paie au décompte final, quand tout doit se recoller.
Peut-on facturer un avenant qui n'est pas encore signé ?
Non, et c'est la première cause d'impayé sur les travaux supplémentaires. Tant que l'avenant n'est pas signé des deux parties, le maître d'ouvrage n'a rien commandé au sens du contrat. Les travaux peuvent être faits, urgents, indispensables : sans écrit, leur paiement dépend d'une reconnaissance a posteriori, qui n'arrive pas toujours.
La retenue de garantie se calcule-t-elle avant ou après la TVA ?
Le montant de la retenue se calcule sur le montant hors taxes des travaux, et il se déduit du total toutes taxes comprises pour obtenir le net à payer. Autrement dit, la TVA est due sur la totalité des travaux, y compris la part retenue : le prélèvement porte sur le paiement, pas sur le prix. Beaucoup d'entreprises calculent la TVA après retenue, ce qui sous-déclare la TVA collectée.
Que se passe-t-il si une situation est refusée par le maître d'œuvre ?
Le maître d'œuvre vérifie l'avancement déclaré et peut le corriger à la baisse. La situation est alors visée pour un montant inférieur, et c'est ce montant-là qui est dû. L'écart n'est pas perdu : il se reporte sur la situation suivante si l'avancement se confirme. En marché public, ce visa et son délai sont encadrés par le cahier des clauses administratives générales applicable.
À quelle fréquence établit-on une situation ?
Mensuelle dans la très grande majorité des marchés, parce que c'est le rythme prévu par les cahiers des clauses habituels et parce qu'il correspond à la trésorerie d'un chantier. Rien n'interdit un autre rythme s'il est écrit au marché. Une entreprise qui espace ses situations finance le chantier de sa poche : c'est la première cause de tension de trésorerie dans le bâtiment.
DJ

Dimitri Jacquin

Fondateur OrgaVision · Spécialiste le logiciel de gestion btp qui suit vos artisans sur le chantier

Développeur et entrepreneur, je conçois OrgaVision pour qu'un dirigeant de PME passe moins de temps sur l'administratif et plus de temps sur son cœur de métier.

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