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Dossier métier · Le logiciel de gestion BTP qui suit vos artisans sur le chantier

Les travaux supplémentaires, et l'écrit qui décide s'ils seront payés

Sur un marché à forfait, des travaux supplémentaires exécutés sans autorisation écrite préalable ne se paient pas. Le texte est bref, il date de 1804, et il est appliqué avec sévérité. La bonne nouvelle est qu'un avenant prend dix minutes.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

Le texte le plus court, et le plus impitoyable

L’article 1793 du code civil tient en une phrase, écrite en 1804, et il décide chaque année du sort de milliers de créances :

Lorsqu’un architecte ou un entrepreneur s’est chargé de la construction à forfait d’un bâtiment, d’après un plan arrêté et convenu avec le propriétaire du sol, il ne peut demander aucune augmentation de prix, ni sous le prétexte de l’augmentation de la main-d’œuvre ou des matériaux, ni sous celui de changements ou d’augmentations faits sur ce plan, si ces changements ou augmentations n’ont pas été autorisés par écrit, et le prix convenu avec le propriétaire.

Deux conditions, cumulatives. Une autorisation écrite. Un prix convenu. L’une sans l’autre ne suffit pas : un accord écrit sur le principe des travaux, sans prix, laisse la porte ouverte à la contestation du montant.

Le champ d’application est celui du marché à forfait sur bâtiment, d’après un plan arrêté. Il ne couvre donc pas tout. Mais quand il s’applique, il s’applique durement, et la charge d’établir qu’on n’y est pas soumis pèse sur celui qui réclame.

Les trois situations, et la bonne réaction pour chacune

Le client demande autre chose. C’est le cas simple : on chiffre, on fait signer, on exécute. Un avenant d’une page suffit, il n’a pas besoin d’être solennel. Ce qui compte est qu’il désigne les travaux, porte un prix et deux signatures, et qu’il soit daté avant l’exécution.

On découvre une sujétion imprévue. Fondations à reprendre, réseau non repéré, structure dégradée sous l’enduit. Le réflexe naturel est de traiter le problème pour ne pas arrêter le chantier ; c’est aussi le réflexe qui fait perdre la créance. La bonne séquence est : sécuriser, constater par écrit et si possible en photo, chiffrer, faire signer, reprendre.

Le maître d’œuvre donne un ordre de service. En marché public, il faut l’exécuter, même si le prix ne convient pas. Ce qui se conteste, c’est le prix, et par écrit, dans le délai prévu par le cahier des clauses administratives générales du marché. Exécuter en silence vaut acceptation ; refuser d’exécuter est une faute. On fait les deux.

Un avenant chiffré, tel qu’il doit être écrit

Reprenons le chantier des dossiers précédents. En cours de gros œuvre, les fondations existantes se révèlent insuffisantes.

AVENANT N° 1 au marché du 4 janvier 2026
Objet : reprise en sous-œuvre des fondations, angle nord-est

Détail :
  Terrassement complémentaire        18 m³ × 95,00 €      1 710,00 €
  Béton de reprise                    6 m³ × 320,00 €     1 920,00 €
  Armatures                         420 kg × 2,80 €       1 176,00 €
  Main-d'œuvre                        32 h × 48,00 €      1 536,00 €
  Immobilisation d'engin               3 j × 386,00 €     1 158,00 €
                                                        ────────────
  Montant de l'avenant (HT)                               7 500,00 €

Incidence sur le marché :
  Marché initial                                        180 000,00 €
  Avenant n° 1                                          + 7 500,00 €
                                                        ────────────
  Nouveau montant du marché (HT)                        187 500,00 €

Incidence sur le délai : + 6 jours ouvrés
Signatures : maître d'ouvrage · entreprise · date

Trois éléments qu’on oublie et qui font la différence.

Le détail des quantités et des prix unitaires. Un avenant qui annonce « reprise de fondations : 7 500 € » se conteste ligne à ligne un an plus tard. Le même avenant détaillé ne se conteste pas.

L’incidence sur le délai. Des travaux supplémentaires qui allongent le chantier sans que l’avenant le dise exposent l’entreprise à des pénalités de retard pour un retard qu’elle n’a pas causé. Six jours non écrits, ce sont six jours de pénalités au décompte final.

Le nouveau montant du marché. Il sert de base à la retenue de garantie et au décompte général. Ne pas le récapituler oblige à le recalculer plus tard, et c’est là que les écarts naissent.

Ce que l’avenant déclenche en aval

Un avenant signé n’est pas un document isolé : il entre dans la chaîne de facturation du chantier.

Il devient une ligne facturable avec son propre avancement, comme un lot du marché. Dans l’exemple du dossier sur le calcul d’une situation, l’avenant est avancé à 40 % au 31 mars et pèse 3 000 € dans le cumul.

Il augmente l’assiette de la retenue de garantie, puisque celle-ci porte sur le montant des travaux exécutés, avenants compris.

Il doit figurer au décompte général, faute de quoi il s’éteint avec les autres créances non déclarées. Voir le dossier sur le décompte général et définitif.

Dans OrgaVision

Un avenant se crée depuis le chantier et rejoint son cadre de prix. Il porte son objet, son détail, son montant et son incidence de délai, et il suit un cycle explicite : brouillon, proposé, signé.

Seuls les avenants signés entrent dans le calcul des situations. Un avenant proposé reste visible, il documente la discussion en cours, mais il ne se facture pas. C’est exactement la règle de l’article 1793, appliquée par le calcul plutôt que par la vigilance.

Le montant du marché, mis à jour par chaque avenant signé, sert ensuite de base à la retenue et au décompte général sans qu’on ait à le reporter.

Questions fréquentes

Le client m'a dit oui en réunion de chantier. Ça suffit ?
Sur un marché à forfait, non. L'article 1793 du code civil exige une autorisation écrite ET un prix convenu avec le propriétaire. Un accord verbal, même sincère et devant témoins, ne remplit ni l'une ni l'autre condition. Le réflexe qui sauve est le courriel de confirmation le soir même, chiffré, avec demande d'accord écrit en retour : ce n'est pas un avenant en bonne forme, mais c'est un commencement de preuve, et c'est infiniment mieux que rien.
Et si les travaux étaient indispensables et urgents ?
L'urgence ne crée pas d'autorisation. Elle peut fonder d'autres arguments, comme la gestion d'affaires ou l'enrichissement sans cause, mais ce sont des constructions incertaines, coûteuses à défendre et souvent perdues. En pratique : on sécurise l'ouvrage, on arrête, on écrit, on obtient l'accord, on reprend. Le temps perdu à écrire est toujours inférieur au temps perdu à réclamer.
L'article 1793 s'applique-t-il à tous mes chantiers ?
Non. Il vise la construction à forfait d'un bâtiment, d'après un plan arrêté et convenu avec le propriétaire du sol. Hors de ce cadre — marché au métré, marché sur prix unitaires, travaux qui ne portent pas sur un bâtiment — les règles générales du contrat s'appliquent et la preuve d'un accord peut se faire autrement. Mais les juges interprètent la question du champ d'application au cas par cas, et se dire à l'avance qu'on n'est pas concerné est un pari risqué.
En marché public, puis-je refuser d'exécuter un ordre de service dont je conteste le prix ?
Non, et c'est une particularité importante du secteur public : l'ordre de service s'exécute même contesté. Ce qui se conteste, c'est le prix, et cette contestation doit être formulée par écrit dans le délai prévu par le cahier des clauses administratives générales applicable. Exécuter sans réserve vaut acceptation des conditions ; refuser d'exécuter constitue une faute contractuelle. Il faut donc faire les deux : exécuter, et réserver par écrit.
Y a-t-il une limite au montant des modifications d'un marché public ?
Oui. Le code de la commande publique encadre les cas de modification et pose des plafonds selon le fondement invoqué : travaux devenus nécessaires, circonstances imprévues, modifications de faible montant. Au-delà, la modification n'est plus un avenant mais un nouveau marché, qui doit être remis en concurrence. Un acheteur qui accepte un avenant hors clous fait courir un risque à son marché, et il le sait : c'est souvent pour cette raison qu'il refuse.
Un avenant en moins-value, ça existe ?
Oui, et il se traite exactement comme un avenant en plus-value : un écrit, signé des deux parties, qui modifie le montant du marché. Une prestation supprimée d'un commun accord doit être formalisée, faute de quoi le décompte final fera apparaître un écart que personne ne saura justifier. C'est le même formalisme pour la même raison : le marché ne se modifie que par écrit.
DJ

Dimitri Jacquin

Fondateur OrgaVision · Spécialiste le logiciel de gestion btp qui suit vos artisans sur le chantier

Développeur et entrepreneur, je conçois OrgaVision pour qu'un dirigeant de PME passe moins de temps sur l'administratif et plus de temps sur son cœur de métier.

Mis à jour le 16 August 2026

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