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Déprécier un stock : article par article, et jamais au forfait

Un vin qui ne se vendra plus au prix carte se déprécie. Une denrée dont la date limite est passée ne se déprécie pas : elle se détruit, et ce n'est pas la même écriture. Confondre les deux fait rejeter la provision.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

Le principe : le plus faible des deux

À l’inventaire, un stock est valorisé au plus faible de deux montants : son coût d’entrée, et sa valeur nette de réalisation.

La valeur nette de réalisation est le prix de vente que l’on peut raisonnablement espérer, diminué des coûts restant à engager pour vendre.

Quand elle passe sous le coût d’entrée, l’écart fait l’objet d’une dépréciation, enregistrée en compte 39. Le bien reste au stock, à sa valeur diminuée.

La règle ne joue que dans un sens. Un article dont la valeur de marché aurait augmenté ne se réévalue pas à la hausse : le coût d’entrée reste le plafond.

Ce qui n’est pas une dépréciation

C’est la confusion la plus fréquente, et elle fausse deux choses à la fois.

  Le bien est Écriture
Dépréciation toujours là, il sera vendu moins cher provision, le bien reste au stock
Destruction parti, il ne sera pas vendu sortie de stock, charge de l’exercice

En restauration, la destruction est le cas majoritaire. Une denrée dont la date limite de consommation est dépassée ne peut plus être remise au consommateur : elle n’a plus aucune valeur de réalisation, elle est détruite. Ce n’est pas un stock qui vaut moins, c’est un stock qui n’existe plus.

La date de durabilité minimale, elle, signale une perte de qualité et non un risque. Le produit reste commercialisable au-delà s’il demeure propre à la consommation. Un stock approchant de cette date, dont l’écoulement au prix normal devient incertain, relève bien de la dépréciation.

Cette distinction sanitaire commande donc le traitement comptable, et pas l’inverse.

Un calcul complet, à la clôture

Restaurant, inventaire au 31 décembre.

DESTRUCTIONS — sortie de stock, pas de provision
  Denrées à date limite dépassée au 28/12,
  détruites, procès-verbal de destruction               96,00 €
  → charge de l'exercice, hors provision

DÉPRÉCIATIONS — le bien reste au stock
                                  Coût     Valeur nette   Dépréciation
  Vin, millésime sorti de carte
  (18 bouteilles, écoulement
  prévu en vente au verre)     1 850,00 €    1 200,00 €      650,00 €

  Conserves, durabilité
  minimale en février,
  rotation devenue lente         420,00 €      250,00 €      170,00 €
  ──────────────────────────────────────────────────────────────────
  DOTATION AUX DÉPRÉCIATIONS                                 820,00 €

Chaque ligne porte son motif. « Millésime sorti de carte, écoulement prévu en vente au verre » est un événement en cours qui rend la perte probable. « 10 % du stock par prudence » n’en est pas un.

Pourquoi le forfait ne passe pas

La déduction fiscale d’une provision suppose qu’elle soit nettement précisée et que des événements en cours rendent la perte probable.

Un pourcentage global ne satisfait ni l’une ni l’autre condition. Il ne désigne aucun article, aucun événement, et il ne peut donc pas être vérifié. En cas de contrôle, il est réintégré au résultat, avec l’intérêt de retard.

La construction article par article est plus longue. Elle a deux avantages qui compensent : elle tient devant l’administration, et elle produit au passage la liste de ce qu’il faut écouler en priorité, ce qu’un pourcentage ne dit pas.

La reprise, qu’on oublie

Une dépréciation n’est pas définitive. Si le motif disparaît, elle se reprend.

Le vin finalement écoulé au prix carte, la conserve partie dans un menu de saison, le produit dont le fournisseur reprend le stock : dans chacun de ces cas, la provision devient sans objet et doit être reprise en produit.

Une provision qu’on laisse courir d’année en année, sans réexaminer sa cause, perd sa justification. Le réexamen fait partie de l’inventaire, au même titre que le comptage.

Le lien avec le reste de l’inventaire

Tout ce qui précède suppose deux choses acquises : un comptage physique daté, et une méthode de valorisation constante.

Le comptage donne les quantités réellement en stock, et il est l’objet de l’obligation de l’inventaire annuel.

La méthode donne le coût d’entrée auquel comparer la valeur nette de réalisation. Voir le dossier sur le coût moyen pondéré et le premier entré premier sorti.

Sans ces deux préalables, une dépréciation se calcule sur des chiffres qui ne sont pas fiables, et elle hérite de leur fragilité.

Dans OrgaVision

Chaque article peut porter sa valeur de réalisation probable, saisie quand elle est inférieure au coût. La provision est calculée à partir de ces valeurs, article par article, et non par un pourcentage appliqué au total.

L’état de valorisation présente, côte à côte, la valeur au coût et la valeur de réalisation, avec l’écart. C’est ce document qui sert de justificatif à la dotation, et il porte le détail que l’administration demandera.

Il se ventile par catalogue et par gamme, ce qui permet de voir où la valeur se perd : sur la cave, sur l’épicerie, sur le frais.

Calculer une dépréciation de stock

Article par article, avec un motif écrit pour chacun. Un pourcentage global n'est pas admis.

  1. 1

    Écarter d'abord ce qui n'est plus vendable

    Une denrée dont la date limite de consommation est dépassée sort du stock : c'est une perte, pas une dépréciation. La traiter en provision fausse les deux.

  2. 2

    Estimer la valeur nette de réalisation de ce qui reste

    Prix de vente que l'on peut raisonnablement espérer, diminué des coûts restant à engager pour vendre.

  3. 3

    Comparer au coût d'entrée, article par article

    La dépréciation est l'écart, quand la valeur nette de réalisation est inférieure au coût. Aucune plus-value latente ne vient compenser dans l'autre sens.

  4. 4

    Écrire le motif de chaque dépréciation

    Millésime en fin de carte, format abandonné, date de durabilité proche, série arrêtée. Une provision sans motif nettement précisé n'est pas déductible.

  5. 5

    Reprendre la provision quand la cause disparaît

    Le produit vendu ou finalement écoulé au prix normal fait tomber le motif : la dépréciation se reprend, elle ne s'oublie pas.

Questions fréquentes

Quelle différence entre déprécier et jeter ?
Un produit déprécié est toujours là et sera vendu, mais moins cher que prévu : on constate la perte de valeur en laissant le bien au stock. Un produit détruit n'est plus là : il sort du stock, et sa valeur devient une charge de l'exercice. Les traiter de la même façon fausse deux choses à la fois, la valeur du stock final et le compte où la perte apparaît. En restauration, les denrées périmées relèvent presque toujours du second cas.
Peut-on provisionner 10 % du stock de façon globale ?
Non. La déduction fiscale d'une provision suppose qu'elle soit nettement précisée et que des événements en cours rendent la perte probable. Un pourcentage appliqué à l'ensemble du stock ne désigne aucun événement et ne précise rien : il est réintégré au résultat en cas de contrôle. La provision se construit article par article, avec un motif, ce qui est plus long et ce qui est la seule façon qu'elle tienne.
Quelle différence entre date limite de consommation et date de durabilité minimale ?
La date limite de consommation, formulée « à consommer jusqu'au », concerne les denrées microbiologiquement très périssables : au-delà, la denrée ne peut plus être remise au consommateur. La date de durabilité minimale, formulée « à consommer de préférence avant », signale une perte de qualité, pas un risque : le produit reste commercialisable au-delà s'il demeure propre à la consommation. La première interdit, la seconde avertit, et les conséquences comptables suivent cette différence.
Une valeur nette de réalisation, comment l'estimer ?
C'est le prix de vente qu'on peut raisonnablement espérer, diminué des coûts qui restent à engager pour réaliser cette vente. Pour une bouteille sortie de carte destinée à finir en vente au verre à prix réduit, c'est le produit attendu de cette vente. L'estimation doit être défendable, pas prudente par principe : une dépréciation excessive est aussi contestable qu'une dépréciation absente.
Faut-il reprendre une provision devenue sans objet ?
Oui, et c'est souvent oublié. Si le motif disparaît, parce que le produit a finalement été écoulé au prix normal ou que le marché s'est retourné, la dépréciation doit être reprise. Une provision qu'on laisse courir d'année en année sans réexaminer sa cause perd sa justification, et une provision injustifiée est réintégrée.
Les pertes de matière en cuisine se provisionnent-elles ?
Non. Épluchures, parures, ratés de service : ce sont des consommations de l'exercice, elles sont déjà dans les sorties de stock et n'ont pas à être provisionnées en plus. Ce qui mérite attention, c'est leur ampleur : un écart d'inventaire élevé sur les matières premières est un signal d'organisation avant d'être un sujet comptable, et il se traite en cuisine, pas en écriture.
DJ

Dimitri Jacquin

Fondateur OrgaVision · Spécialiste l'erp tout-en-un de votre restaurant — caisse nf525 incluse, recettes, marges, stocks, facturation 2026

Développeur et entrepreneur, je conçois OrgaVision pour qu'un dirigeant de PME passe moins de temps sur l'administratif et plus de temps sur son cœur de métier.

Mis à jour le 16 August 2026

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