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Dossier métier · Le logiciel de production qui parle votre langage atelier

Le prix de revient d'une pièce, ligne par ligne

Une platine à 23,21 € part d'un plat d'acier à 1,45 le kilo. Entre les deux, six lignes de coût dont deux sont presque toujours oubliées : la chute et le réglage. Voici le calcul entier, avec ses chiffres.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

Prix de revient et prix de vente : deux chiffres, deux natures

Une confusion préalable règle la moitié des problèmes de rentabilité en atelier.

Le prix de revient est ce que la pièce vous coûte. Il se calcule, il ne se décide pas. Il est ce qu’il est, même s’il ne plaît pas.

Le prix de vente est ce que vous demandez. Il se décide, en tenant compte du marché, de la concurrence, de la relation client et de la charge de l’atelier.

Le rôle du prix de revient n’est pas de fixer le prix de vente. Il est de dire si le prix de vente laisse de la marge. Un atelier qui ne connaît que son prix de vente pilote à l’aveugle : il peut être plein et perdre de l’argent, et c’est même le cas le plus fréquent.

Le calcul, sur une pièce réelle

Prenons une platine de fixation en acier, usinée dans la masse, en série de 50.

1. La matière, au poids approvisionné

C’est la ligne la plus souvent fausse, parce qu’on chiffre le poids de la pièce finie au lieu du poids acheté.

Masse de la pièce finie                          2,830 kg
Taux de chute (découpe + copeaux)                   12 %
Masse approvisionnée = 2,830 / (1 − 0,12)        3,216 kg

Acier S235 à 1,45 €/kg          3,216 × 1,45        4,66 €
Reprise de ferraille            0,386 × 0,15      − 0,06 €
──────────────────────────────────────────────────────────
Coût matière net                                     4,61 €

Chiffrée au poids fini, cette ligne aurait donné 4,10 €. L’écart de 51 centimes paraît dérisoire ; sur une série de 50 il fait 25 €, et sur un chiffre d’affaires matière annuel il fait un point de marge.

2. Le temps machine

Temps de cycle                                     6,5 min
Taux horaire machine (amortissement, énergie,
maintenance)                                       62,00 €/h
6,5 / 60 × 62                                        6,72 €

3. Le temps opérateur

Chargement, déchargement, contrôle                 3,2 min
Taux horaire chargé                                34,00 €/h
3,2 / 60 × 34                                        1,81 €

Notez que 3,2 minutes d’homme accompagnent 6,5 minutes de machine. Fondre les deux en un taux unique donnerait un chiffre faux dans les deux sens selon la longueur du cycle.

4. Le réglage, amorti sur la série

Temps de réglage de la série                        75 min
Au taux opérateur          75 / 60 × 34            42,50 €
Réparti sur 50 pièces                                0,85 €

C’est la deuxième ligne oubliée, et la plus traître : elle rend le prix unitaire dépendant de la quantité. La même pièce revient à 0,85 € de réglage en série de 50, et à 4,25 € en série de 10.

5. La sous-traitance

Zingage du lot de 50                               68,00 €
Ramené à la pièce                                    1,36 €

6. Frais généraux et coût complet

Coût direct (4,61 + 6,72 + 1,81 + 0,85 + 1,36)     15,35 €
Frais généraux ventilés, 12 % du coût direct      + 1,84 €
──────────────────────────────────────────────────────────
COÛT DE REVIENT COMPLET                             17,19 €

Du coût au prix, et le piège des pourcentages

Coût de revient complet                             17,19 €
Coefficient appliqué                                  1,35
──────────────────────────────────────────────────────────
PRIX DE VENTE HT                                    23,21 €

Marge                                                6,02 €
   rapportée au coût   (taux de marge)              35,0 %
   rapportée au prix   (taux de marque)             25,9 %

Les deux dernières lignes décrivent la même marge de 6,02 €. Elles ne disent pas le même pourcentage, et c’est là que se perd beaucoup d’argent.

Un dirigeant qui vise « 35 % de marge » et calcule 17,19 / 0,65 = 26,45 € applique en réalité un taux de marque de 35 %, soit une marge de 9,26 €. À l’inverse, celui qui vise un taux de marque de 35 % et multiplie par 1,35 obtient 23,21 € et se retrouve avec presque un tiers de marge en moins que prévu.

Le remède est de toujours préciser sur quoi porte le pourcentage, et de vérifier le résultat en euros.

Ce que ce calcul ne dit pas encore

Ce prix de revient est un prévisionnel. Il repose sur un temps de cycle estimé, un taux de chute estimé, un temps de réglage estimé.

Ce que l’atelier consomme réellement se mesure après coup, et l’écart entre les deux est l’information la plus utile de tout l’exercice. C’est l’objet du dossier sur le passage du chiffrage au coût réalisé.

Quant à la façon d’organiser ces lignes pour qu’elles vivent avec la pièce plutôt que dans un tableur, elle relève de la nomenclature chiffrée.

Dans OrgaVision

Les six lignes ci-dessus sont les natures de ligne d’une nomenclature chiffrée : matière, main-d’œuvre, machine, sous-traitance, et les lignes libres pour le reste. Chacune porte sa quantité, son taux et son coût.

Le total est recalculé à chaque enregistrement, et il porte le coût de revient et le prix de vente de l’article. Une nomenclature jamais chiffrée reste vide plutôt que d’afficher zéro : un coût inconnu et un coût nul ne sont pas la même chose, et les confondre fait vendre à perte.

La fiche article montre le détail du prix : ce qui compose le coût, et ce qui en découle. C’est le même calcul que celui de cette page, et il n’existe qu’à un seul endroit dans le produit.

Calculer le prix de revient d'une pièce

Six lignes de coût, puis la marge. L'ordre compte : la marge se calcule sur un coût complet, jamais sur le coût matière.

  1. 1

    Chiffrer la matière au poids approvisionné

    Pas au poids de la pièce finie. On part de la masse utile, on la divise par un moins le taux de chute, et on déduit éventuellement la reprise de ferraille.

  2. 2

    Chiffrer le temps machine

    Temps de cycle multiplié par le taux horaire de la machine. Ce taux couvre l'amortissement, l'énergie et la maintenance, pas le salaire de l'opérateur.

  3. 3

    Chiffrer le temps opérateur

    Chargement, déchargement, contrôle, au taux horaire chargé du salarié. Sur une machine à cycle long, l'opérateur ne reste pas devant : les deux temps sont distincts.

  4. 4

    Amortir le réglage sur la série

    Le temps de réglage ne dépend pas du nombre de pièces. Divisé par la quantité, il change tout : la même pièce n'a pas le même prix à 10 et à 500.

  5. 5

    Ajouter la sous-traitance

    Traitement de surface, rectification, contrôle extérieur. Souvent facturée au lot : elle se ramène à la pièce en divisant par la quantité.

  6. 6

    Ajouter les frais généraux, puis la marge

    Les frais généraux se ventilent en pourcentage du coût direct. La marge s'applique ensuite, sur le coût complet.

Questions fréquentes

Faut-il chiffrer la matière au poids de la pièce finie ?
Non, et c'est l'erreur la plus coûteuse du chiffrage mécanique. Vous achetez du brut, vous facturez du fini, et la différence part en copeaux. Sur une pièce usinée dans la masse, l'écart entre masse finie et masse approvisionnée dépasse couramment 30 %. Le calcul juste part de la masse approvisionnée : masse utile divisée par un moins le taux de chute. La reprise de ferraille se déduit ensuite, mais elle ne compense qu'une petite fraction.
Pourquoi séparer le temps machine et le temps opérateur ?
Parce qu'ils n'ont ni le même taux ni la même durée. Le taux machine couvre l'amortissement, l'énergie et la maintenance ; le taux opérateur couvre un salaire chargé. Et sur une machine à cycle long, l'opérateur charge la pièce puis part sur un autre poste : cinq minutes d'homme pour vingt minutes de machine. Les fondre en un seul taux surestime les petites séries et sous-estime les longues.
Comment amortir le temps de réglage ?
En le divisant par la quantité de la série, tout simplement. Une heure et quart de réglage représente 0,85 € par pièce sur une série de 50, et 4,25 € sur une série de 10. C'est ce qui explique qu'une même pièce ne puisse pas avoir un prix unique au catalogue, et pourquoi un client qui commande dix pièces au prix négocié pour cinq cents fait perdre de l'argent sans que personne s'en aperçoive.
Taux de marge et taux de marque, quelle différence ?
Le taux de marge rapporte la marge au coût de revient ; le taux de marque la rapporte au prix de vente. Sur une pièce à 17,19 € de revient vendue 23,21 €, la marge de 6,02 € représente 35 % du coût, donc un taux de marge de 35 %, mais seulement 25,9 % du prix de vente, donc un taux de marque de 25,9 %. Annoncer « je fais 35 % de marge » et calculer sur le prix de vente est une confusion très répandue, et elle fait perdre à peu près un tiers de la marge attendue.
À combien ventiler les frais généraux ?
Il n'y a pas de taux universel : il se calcule sur vos comptes, en rapportant les charges indirectes de l'exercice au coût direct total de la production de ce même exercice. Un atelier avec un bâtiment neuf et un service méthodes n'a pas le taux d'un atelier amorti sans encadrement. Reprendre un taux entendu ailleurs revient à chiffrer avec la structure de coûts de quelqu'un d'autre, et c'est ce qui rend un chiffrage impossible à défendre devant son comptable.
Le prix de revient doit-il inclure le transport ?
S'il est à votre charge, oui, et à la pièce. Une palette de pièces légères facturée en port dû ne pose pas de question ; une pièce lourde livrée franco chez le client peut représenter plusieurs pour cent du prix. Le poser dans le chiffrage évite la surprise du premier envoi, et permet de discuter des conditions de livraison en connaissance de cause.
DJ

Dimitri Jacquin

Fondateur OrgaVision · Spécialiste le logiciel de production qui parle votre langage atelier

Développeur et entrepreneur, je conçois OrgaVision pour qu'un dirigeant de PME passe moins de temps sur l'administratif et plus de temps sur son cœur de métier.

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