Deux documents, un prix qui tombe entre les deux
Dans l’organisation classique d’un atelier, deux documents cohabitent.
La nomenclature énumère ce qui entre dans le produit : composants, matières, quantités. Elle répond à la question « avec quoi ».
La gamme opératoire énumère les opérations : découpe, usinage, soudure, contrôle, avec leurs temps et leurs postes. Elle répond à la question « comment ».
Le prix de revient, lui, a besoin des deux. Il additionne de la matière et du temps. Et comme il n’appartient ni à l’une ni à l’autre, il finit presque toujours dans un troisième document : un tableur, tenu par une personne, mis à jour quand on y pense.
Ce tableur est le point faible de tout l’édifice. Il ne suit pas les évolutions de définition, il ne connaît pas les prix d’achat réels, et il disparaît avec la personne qui le tenait.
Réunir ce qui sert au même calcul
L’alternative consiste à faire porter à un seul document ce qui entre dans la pièce et ce qu’elle coûte, en distinguant les lignes par leur nature.
| Nature de ligne | Ce qu’elle porte | Ce qu’elle coûte |
|---|---|---|
| Composant ou matière | un article ou une désignation, une quantité | quantité × prix unitaire |
| Main-d’œuvre | une opération, un nombre d’heures | heures × taux horaire |
| Machine | un poste, un temps de cycle | heures × taux horaire machine |
| Sous-traitance | une opération confiée à l’extérieur | prix du lot ou de la pièce |
| Autre | emballage, transport, contrôle extérieur | montant |
Ce découpage n’est pas une commodité d’affichage. Il permet de répondre à des questions que le tableur ne sait pas traiter : quelle part du coût est de la matière, quelle part est du temps, quelle part sort de l’atelier. Un chiffrage à 60 % de matière et un chiffrage à 60 % de main-d’œuvre n’appellent pas les mêmes décisions quand le prix doit baisser.
Ce que chaque nature devient au lancement
C’est le vrai bénéfice de la réunion, et il apparaît au moment où l’on fabrique.
Les lignes de composant deviennent les lignes de l’ordre de fabrication : ce qui doit être sorti du stock, réservé, consommé. Elles supposent un article référencé, puisqu’on ne sort pas du stock une désignation libre.
Les lignes de temps deviennent les étapes de la séquence : main-d’œuvre et machine se transforment en opérations à réaliser, avec leur durée prévue.
Les lignes de sous-traitance deviennent aussi des étapes, et c’est moins évident. La pièce sort de l’atelier et y revient : c’est un maillon de la séquence, avec sa dépendance et son délai. Sa durée, elle, n’est pas connue d’avance et reste vide plutôt que d’être posée à zéro.
Autrement dit, le chiffrage n’est pas un exercice comptable détaché de la production : c’est la même description, lue une fois pour donner un prix et une fois pour lancer un ordre.
Les versions, et pourquoi on n’écrase jamais
Une définition évolue : une matière change, un temps se réduit, une opération est supprimée.
La tentation est de corriger la nomenclature existante. C’est une erreur, pour une raison qui n’apparaît que plus tard : les pièces déjà fabriquées l’ont été selon l’ancienne définition. Si on l’écrase, le coût d’un lot livré l’an dernier devient inexplicable, et l’écart entre chiffré et réalisé sur ce lot devient un chiffre sans signification.
Une nouvelle version, chaînée à la précédente, conserve l’histoire. Elle permet aussi de répondre à une question utile : ce que la modification a fait gagner ou perdre, en euros, à définition comparable.
Dans OrgaVision
Une nomenclature porte ses lignes avec leur nature, groupées à la saisie : matière d’un côté, temps de l’autre, sous-traitance à part. Une ligne désigne soit un article du catalogue, soit une désignation libre, jamais rien.
Le coût total et le prix de vente sont recalculés à chaque enregistrement, parce que le calcul traverse plusieurs lignes et ne peut pas être porté par une colonne isolée. Une nomenclature jamais chiffrée n’a pas de coût, et cela se voit à l’écran : ce n’est pas zéro.
Au lancement, les lignes de composant deviennent les lignes de l’ordre de fabrication, et les lignes de temps deviennent ses étapes, sous-traitance comprise. Le taux horaire du chiffrage est recopié sur l’étape et figé à ce moment-là : c’est le seul endroit où une heure prévue a un prix, et c’est ce qui permet de comparer plus tard le prévu au réalisé.
Les versions se chaînent, de sorte qu’on retrouve la définition selon laquelle un lot donné a été fabriqué.