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Dossier métier · Le logiciel qui suit vos baux, vos loyers et vos états des lieux

L'état des lieux, et ce qu'il permet vraiment de retenir

Sans état des lieux d'entrée, le logement est réputé avoir été reçu en bon état. Une dégradation constatée à la sortie ne se retient alors sur rien. Et même avec, une moquette de quatre ans ne se facture pas au prix du neuf.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

La présomption, et l’exception qui la retourne

Deux textes, et il faut les lire dans cet ordre.

L’article 1731 du code civil pose la règle générale :

S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire.

Lue seule, cette phrase semble favorable au bailleur : pas d’état des lieux, donc logement réputé reçu en bon état, donc tout ce qui est abîmé à la sortie est imputable au locataire.

L’article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 retourne complètement la situation pour les locations d’habitation :

À défaut d’état des lieux ou de la remise d’un exemplaire de l’état des lieux à l’une des parties, la présomption établie par l’article 1731 du code civil ne peut être invoquée par celle des parties qui a fait obstacle à son établissement.

Or c’est presque toujours le bailleur qui organise l’entrée dans les lieux. Un bailleur qui n’a pas fait établir d’état des lieux ne peut donc pas invoquer la présomption, et il se retrouve sans point de comparaison. Sa retenue n’a plus de fondement, quelle que soit la réalité de la dégradation.

C’est le point de départ de tout ce qui suit : la retenue ne se fonde jamais sur l’état constaté à la sortie, mais sur l’écart entre deux constats.

Trois questions, dans l’ordre

Devant un élément abîmé à la sortie, on répond à trois questions successives. Chacune peut faire tomber la retenue.

Était-il en bon état à l’entrée ? Si l’état des lieux d’entrée mentionne déjà la trace, le débat est clos. C’est la raison pour laquelle un état des lieux d’entrée bâclé, qui note « bon état » partout pour aller vite, protège en réalité le locataire.

S’agit-il d’une dégradation, ou d’une usure normale ? L’usure résultant du temps et d’un usage conforme est à la charge du bailleur. Une peinture ternie après six ans n’est pas une dégradation.

Quelle part reste imputable après vétusté ? Un élément a une durée de vie ; celle déjà consommée n’est pas à la charge du locataire.

Le calcul d’une retenue, sur un cas réel

Moquette de la chambre, notée en parfait état à l’entrée. À la sortie, quatre ans plus tard, une tache indélébile impose le remplacement.

Devis de remplacement (fourniture et pose)           620,00 € TTC
Durée de vie théorique du revêtement                     7 ans
Durée d'usage écoulée                                    4 ans

Part déjà consommée                    4 / 7            57,1 %
Part imputable au locataire            3 / 7            42,9 %
─────────────────────────────────────────────────────────────
RETENUE JUSTIFIÉE      620,00 × 3 / 7                265,71 €

Retenir les 620 € reviendrait à faire payer au locataire une moquette neuve dont le bailleur profitera sept ans. C’est un enrichissement sans cause, et c’est le motif le plus fréquent de condamnation d’un bailleur sur ce sujet.

Les parties peuvent convenir d’appliquer une grille de vétusté, qui fixe des durées de vie par nature d’élément. En l’absence de grille, le principe reste le même : c’est la logique du calcul qui vaut, pas le document.

Ce qui rend une retenue défendable

Quatre éléments, et ils tiennent en une page jointe au décompte remis au locataire.

L’élément désigné précisément. « Chambre 1, moquette, tache d’environ 30 cm au centre de la pièce », pas « sols à revoir ».

Les deux constats en regard. L’état à l’entrée, l’état à la sortie, avec les photos correspondantes.

Le devis ou la facture. Une retenue est un remboursement de dépense, pas une pénalité. Un montant sans justificatif se conteste avec succès.

Le calcul de vétusté, montré. Durée de vie retenue, durée écoulée, part imputable. Le montrer désamorce la contestation ; le cacher l’appelle.

Ce que le locataire peut encore corriger après l’entrée

L’état des lieux d’entrée n’est pas figé au moment de la remise des clés. L’article 3-2 laisse au locataire un délai pour le compléter, et un délai particulier pour le chauffage. C’est l’objet du dossier sur l’avenant à l’état des lieux.

Le compléter est dans l’intérêt des deux parties : un constat exact protège le locataire de retenues injustifiées et le bailleur d’un constat contestable.

Dans OrgaVision

L’état des lieux se saisit pièce par pièce et élément par élément, avec photos, et il se signe par les deux parties sur l’écran avant d’être figé.

L’état de sortie naît de celui d’entrée : l’état constaté à l’entrée est recopié sur chaque élément de sortie, de sorte que le constat de sortie reste lisible seul. C’est lui qui sera remis au locataire pour justifier une retenue, et il doit se suffire à lui-même.

Il n’est en revanche pas pré-rempli avec l’état d’entrée : pré-remplir ferait signer un constat que personne n’a regardé.

Chaque élément porte son propre montant de retenue, et ce montant est la seule source du total retenu. Enfin, sans état d’entrée connu, aucune dégradation n’est présumée : le calcul applique l’article 1731 tel que la loi de 1989 le tempère, plutôt que de laisser un bailleur bâtir une retenue sur du vide.

Calculer une retenue sur dégradation

Quatre étapes. Sauter la troisième transforme une retenue légitime en litige perdu.

  1. 1

    Comparer l'entrée et la sortie, élément par élément

    La retenue se fonde sur un écart entre deux constats, pas sur l'état constaté à la sortie. Un élément déjà abîmé à l'entrée ne peut donner lieu à aucune retenue.

  2. 2

    Qualifier : dégradation, ou usure normale

    L'usure résultant du temps et d'un usage normal est à la charge du bailleur. Seule une dégradation imputable au locataire ou un défaut d'entretien se retiennent.

  3. 3

    Appliquer la vétusté

    Le remplacement d'un élément usagé par du neuf enrichit le bailleur. On retranche la part de vie déjà consommée, calculée sur la durée de vie théorique de l'élément.

  4. 4

    Justifier par un devis ou une facture

    Une retenue s'appuie sur une pièce chiffrée, remise au locataire avec le décompte. Un montant forfaitaire sans justificatif ne tient pas devant un juge.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il s'il n'y a pas d'état des lieux d'entrée ?
L'article 1731 du code civil pose une présomption : à défaut d'état des lieux, le preneur est présumé avoir reçu le logement en bon état de réparations locatives et doit le rendre tel. Elle jouerait donc contre le locataire. Mais l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 la neutralise dans le cas le plus fréquent : cette présomption ne peut pas être invoquée par celle des parties qui a fait obstacle à l'établissement de l'état des lieux. Un bailleur qui n'en a pas fait établir ne peut donc pas s'en prévaloir, et il n'a plus de point de comparaison : sa retenue n'a plus de fondement.
Quelle différence entre usure normale et dégradation ?
L'usure normale résulte du temps et d'un usage conforme à la destination du logement : une peinture qui ternit après six ans, un joint qui vieillit, un parquet qui marque au passage. Elle est à la charge du bailleur, qui en tient compte dans son loyer. La dégradation résulte d'un fait du locataire ou d'un défaut d'entretien : un trou dans une cloison, une brûlure, un joint jamais nettoyé jusqu'à la moisissure. Seule la seconde se retient, et la frontière se discute élément par élément.
Comment se calcule la vétusté ?
En retranchant la part de vie déjà consommée de l'élément. Un revêtement dont la durée de vie théorique est de sept ans et qui a servi quatre ans a consommé quatre septièmes de sa valeur : seuls les trois septièmes restants peuvent être mis à la charge du locataire. Les parties peuvent convenir d'appliquer une grille de vétusté ; à défaut, le principe s'applique quand même, parce que faire remplacer du neuf par du neuf aux frais du locataire enrichit le bailleur sans cause.
Un état des lieux doit-il être contradictoire ?
Oui. Il s'établit lors de la remise et de la restitution des clés, entre les parties ou leurs mandataires, et chacune en reçoit un exemplaire. Un constat rédigé seul par le bailleur après le départ du locataire n'est pas un état des lieux : c'est un document unilatéral, dont la valeur probante est faible et souvent nulle. En cas de refus ou d'absence d'une partie, la voie est le constat par commissaire de justice, dont le coût est partagé.
Le ménage non fait peut-il être retenu ?
Oui, si l'état des lieux d'entrée décrit un logement propre et celui de sortie un logement qui ne l'est pas. Le locataire doit restituer le logement dans un état de propreté comparable. La retenue se justifie alors par un devis ou une facture de nettoyage, pas par un forfait. Attention à la mesure : quelques traces sur une plinthe relèvent de l'usure, un four jamais nettoyé en quatre ans relève du défaut d'entretien.
Faut-il des photos ?
Rien ne les impose, et tout les recommande. Un texte décrit, une photo prouve. Les descriptions qualitatives — « bon état », « quelques traces » — se contestent sans fin ; une photo datée, associée à l'élément décrit, ferme le débat. Sur les éléments coûteux (sols, murs, équipements de cuisine et de salle de bain), c'est la différence entre une retenue payée sans discussion et un litige de deux mois.
DJ

Dimitri Jacquin

Fondateur OrgaVision · Spécialiste le logiciel qui suit vos baux, vos loyers et vos états des lieux

Développeur et entrepreneur, je conçois OrgaVision pour qu'un dirigeant de PME passe moins de temps sur l'administratif et plus de temps sur son cœur de métier.

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