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Dossier · Pilotage

Les heures qu'on a faites, et celles qu'on facture

Entre les deux, il se perd habituellement entre cinq et quinze pour cent, sans que personne ne le décide. Les heures sont saisies, elles ne sont rattachées à rien, et au moment de facturer plus personne ne sait à quoi elles se rapportaient.

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux Mis à jour le 16 August 2026

Le trou entre les deux, et d’où il vient

Dans une entreprise qui vend du temps, il se perd habituellement entre cinq et quinze pour cent des heures entre ce qui est fait et ce qui est facturé. Personne ne l’a décidé, et personne ne le voit passer.

La cause est presque toujours la même, et elle n’a rien à voir avec la volonté de facturer.

Les heures sont saisies pour la paie. À ce titre, elles ont besoin d’un salarié et d’une date, et c’est tout. Rien n’oblige à dire pour quelle affaire elles ont été faites, parce que la paie n’en a pas besoin.

Au moment de facturer, il faut donc reconstituer : qui a fait quoi, pour quel client, entre le 3 et le 28. La reconstitution se fait de mémoire, trois semaines après, souvent par quelqu’un qui n’était pas sur le terrain.

Elle est incomplète, et surtout elle est incomplète toujours dans le même sens : on oublie des heures, on n’en invente pas.

Le rattachement se fait au moment de la saisie

C’est la seule étape qui compte vraiment, et elle se joue sur le terrain.

Une personne qui pointe le soir sait exactement ce qu’elle a fait dans la journée. Le rattachement à une affaire lui coûte trois secondes et il est juste.

La même personne à qui l’on demande, le 30, de ventiler ses 152 heures du mois entre sept affaires, produit une répartition plausible et fausse. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : l’information n’existe plus.

Tout le reste de ce dossier découle de cette étape. Une organisation qui rattache à la saisie facture correctement sans effort ; une organisation qui reconstitue en fin de mois perdra ses heures quelle que soit la qualité de ses outils.

Ce qui distingue une heure facturable

Trois conditions cumulatives, et chacune écarte des cas réels.

Elle est validée. Une heure en attente d’arbitrage, ou dont l’anomalie n’est pas tranchée, n’a pas à partir chez un client.

Elle est rattachée à une affaire. Sans rattachement, on ne sait ni à qui la facturer, ni à quel taux.

Elle n’a pas déjà été facturée. C’est le point qui demande un mécanisme, pas de la vigilance.

Le double comptage, et pourquoi une date ne suffit pas

La tentation est de filtrer par période : « je facture les heures de mars ».

Cela fonctionne jusqu’au premier accroc, et il arrive toujours. Une heure de février saisie en retard, une facture annulée puis refaite, une affaire facturée en deux fois à cheval sur deux mois. Dans chacun de ces cas, le filtre par date facture deux fois ou pas du tout.

Le mécanisme correct marque l’heure elle-même au moment où elle entre dans une facture. Le tri se fait ensuite sur ce marquage, pas sur une fenêtre temporelle : une heure est facturée ou elle ne l’est pas, et cela ne dépend pas de la période qu’on regarde.

Un effet secondaire appréciable : une heure ancienne oubliée reste facturable, et elle remonte d’elle-même dans la liste de ce qui reste à facturer.

Le taux, qui n’est pas le coût

Le coût d’une heure est ce qu’elle vous coûte : le salaire chargé de la personne qui l’a faite.

Le taux facturé est un prix de vente. Il doit couvrir bien davantage que ce coût :

  • le temps non facturable, qui est nécessaire et réel ;
  • l’encadrement et le suivi d’affaire ;
  • la structure, les locaux, le matériel, les assurances ;
  • la marge.

Un taux de vente calé sur le coût horaire du salarié augmenté d’un pourcentage conduit à travailler à perte tout en ayant l’impression de faire de la marge. C’est une erreur classique dans les entreprises de main-d’œuvre, et elle ne se voit qu’au bilan.

La moyenne pondérée des coûts réels des personnes intervenues sur une affaire est un bon point de départ pour discuter d’un taux. Ce n’est pas le taux.

Le temps non facturable, à mesurer plutôt qu’à ignorer

Devis, déplacements, formation, entretien du matériel, administratif, réunions : ce temps est nécessaire et il n’est pas facturé directement.

Le traiter comme du temps perdu conduit à deux mauvaises décisions : chercher à le supprimer, ce qui dégrade le travail, et l’ignorer dans le calcul du taux, ce qui produit un taux insuffisant.

Le mesurer permet au contraire de calibrer : si le temps facturable représente les deux tiers du temps payé, le taux de vente doit couvrir le tiers restant. C’est un calcul simple que peu d’entreprises font, et qui explique la plupart des écarts entre le chiffre d’affaires attendu et le résultat obtenu.

Dans OrgaVision

Le pointage se fait depuis le terrain, sur téléphone, et rattaché à l’affaire au moment de la saisie. C’est là que tout se joue, et il fonctionne sans réseau : les heures saisies hors couverture partent au retour du signal, avec une identité fixée avant le premier envoi de sorte qu’un renvoi ne crée jamais un doublon.

La liste des heures à facturer se lit par affaire : les heures validées, non encore facturées, avec le client rattaché, le nombre de pointages, la période couverte et une moyenne pondérée des taux réels comme point de départ.

Les heures pointées sans affaire ne disparaissent pas : elles sont regroupées à part, visibles, ce qui permet de les traiter au lieu de les perdre.

La création de la facture depuis une affaire produit un brouillon avec les lignes groupées par salarié, et marque les heures retenues dans la même opération. Les deux ne peuvent pas se dissocier : il n’existe pas d’état où la facture existe et les heures ne sont pas marquées, ni l’inverse.

Enfin, la même donnée alimente la vue d’ensemble des heures d’une affaire : budgété, planifié, pointé, facturé. L’écart entre pointé et facturé est le trou décrit au début de ce dossier, et il devient un chiffre qu’on regarde plutôt qu’une perte qu’on subit.

Transformer des heures pointées en lignes de facture

Cinq étapes. La première conditionne tout le reste et se joue sur le terrain.

  1. 1

    Rattacher chaque heure à une affaire au moment de la saisie

    Le rattachement se fait quand la personne sait encore ce qu'elle a fait. Reconstitué en fin de mois, il est faux, et il est faux dans le sens qui coûte.

  2. 2

    Valider les heures

    Seules les heures validées se facturent. Une heure en attente d'arbitrage n'a pas à partir chez un client.

  3. 3

    Retenir ce qui n'a pas encore été facturé

    Le tri se fait sur ce qui n'est rattaché à aucune ligne de facture, jamais sur une date : une heure ancienne oubliée doit rester facturable.

  4. 4

    Choisir le taux applicable

    Le taux de vente convenu avec le client, qui n'est pas le coût du salarié. La moyenne pondérée des taux réels donne un point de départ, pas une règle.

  5. 5

    Émettre la facture et marquer les heures

    Au moment où la facture est créée, chaque heure retenue est marquée comme facturée. C'est ce marquage, et lui seul, qui empêche de la facturer une seconde fois.

Questions fréquentes

Pourquoi des heures travaillées ne se facturent-elles pas ?
Presque toujours pour une raison de rattachement, pas de volonté. Les heures sont saisies pour la paie, donc rattachées à un salarié et à une date, mais pas à une affaire. Au moment de facturer, il faut reconstituer qui a fait quoi et pour quel client, à partir de souvenirs vieux de trois semaines. La reconstitution est incomplète, et elle l'est systématiquement dans le même sens : on oublie des heures, on n'en invente pas.
Le taux de facturation, c'est le coût du salarié plus une marge ?
C'est un point de départ, pas une règle. Le taux facturé est un prix de vente : il se négocie avec le client, il tient compte du marché et de la valeur rendue, et il doit couvrir bien plus que le salaire chargé de la personne présente sur l'affaire, notamment le temps non facturable, l'encadrement et la structure. Un taux de vente calé sur le seul coût horaire du salarié conduit à travailler à perte tout en ayant l'impression de faire de la marge.
Comment éviter de facturer deux fois la même heure ?
En marquant chaque heure au moment où elle entre dans une facture, et en filtrant ensuite sur ce marquage plutôt que sur une période. Un tri par date paraît suffisant jusqu'au jour où une heure ancienne remonte, ou qu'une facture est refaite. Le marquage, lui, est une propriété de l'heure elle-même : elle est facturée ou elle ne l'est pas, et cela ne dépend pas de la fenêtre qu'on regarde.
Faut-il facturer les heures de déplacement ?
Cela dépend de ce qui a été convenu, et cela doit l'être avant. Trois pratiques coexistent : déplacement inclus dans le taux, facturé à un taux réduit, ou couvert par un forfait de déplacement distinct. Aucune n'est plus juste que les autres ; ce qui est certain, c'est qu'un déplacement non prévu au devis et facturé après coup se discute, et se perd souvent.
Les heures non facturables sont-elles du temps perdu ?
Non, et les traiter comme telles conduit à de mauvaises décisions. Devis, déplacements, formation, entretien du matériel, administratif : ce temps est nécessaire au fonctionnement et il doit être couvert par le taux facturé sur le reste. Ce qui est utile, c'est de le mesurer : connaître sa part réelle permet de calibrer un taux de vente, alors que l'ignorer conduit à fixer un taux qui ne couvre que le temps productif.
Peut-on facturer des heures sur une affaire sans devis préalable ?
Techniquement oui, et c'est courant en dépannage et en maintenance. Le risque est commercial : une facture d'heures sans devis se conteste plus facilement, surtout si le total surprend. La parade habituelle est un accord écrit sur le taux avant l'intervention, même bref, et une information du client dès que le temps passé dépasse ce qui avait été annoncé.