Facture impayée : les cinq étapes de la relance

Un client ne paie pas. Voici la marche à suivre, étape par étape, avec les délais légaux, les pénalités que vous pouvez réclamer de plein droit, le contenu d'une mise en demeure et le moment où il faut passer au juge.

DI
Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux, fondateur d'OrgaVision
7 min de lecture
Analyse approfondie

Tout ce qu'il faut savoir

J+1
le jour où la relance doit partir

Les pénalités de retard sont dues de plein droit dès le lendemain de l'échéance, sans mise en demeure préalable.

Le vrai problème n’est pas le mauvais payeur

Dans la plupart des petites entreprises, les impayés ne viennent pas de clients de mauvaise foi. Ils viennent de trois causes bien plus banales, et bien plus faciles à corriger.

La facture n’est pas arrivée au bon endroit. Elle est partie à l’interlocuteur du chantier, qui n’est pas le service comptable. Elle attend dans une boîte de réception que personne ne consulte.

Personne ne suit les échéances. L’entreprise sait ce qu’elle a facturé, mais pas ce qui est en retard aujourd’hui. Le sujet remonte quand la trésorerie serre, c’est-à-dire deux mois trop tard.

La relance n’est jamais partie. Par manque de temps, ou par gêne. C’est de loin la cause la plus fréquente, et la seule qui ne coûte rien à corriger.

Le retard s'aggrave tout seul

Une facture relancée dans la semaine se paie dans la grande majorité des cas. La même facture laissée trois mois devient un dossier : l’interlocuteur a changé, le chantier est loin, la prestation se discute, et le client a d’autres priorités. Le temps ne joue jamais pour le créancier.

Étape 1 : le rappel, dès le lendemain de l’échéance

Court, neutre, sans reproche. L’objectif n’est pas de faire pression, c’est de traiter les cas d’oubli et d’erreur d’acheminement, qui représentent l’essentiel des retards.

Ce qu’il doit contenir : le numéro de facture, son montant, sa date d’échéance dépassée, et la facture elle-même en pièce jointe. Ce qu’il ne doit pas contenir : d’excuses de votre part. Vous réclamez ce qui vous est dû à une date convenue.

Le canal compte autant que le texte. Un courriel au bon destinataire vaut mieux qu’un appel à quelqu’un qui n’a pas la main sur les paiements. C’est le moment de vérifier à qui, exactement, vos factures doivent être adressées.

Étape 2 : la relance ferme, à J+15

Cette fois, vous rappelez ce que prévoit la loi, et vous le faites sans agressivité parce que ce sont des faits.

Les pénalités de retard sont dues de plein droit, dès le premier jour, sans qu’aucune relance ne soit nécessaire. Elles comprennent :

  • une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture en retard,
  • des intérêts de retard, au taux prévu par vos conditions générales, et à défaut au taux légal majoré.
Ce n'est pas optionnel, c'est une mention obligatoire

Le taux des pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 euros doivent déjà figurer sur vos factures : ce sont des mentions obligatoires. Beaucoup d’entreprises les impriment sans jamais les appliquer, ce qui revient à annoncer une règle et à prévenir qu’on ne la fera pas respecter.

À ce stade, il est utile de demander une date de paiement précise plutôt qu’un règlement immédiat. Un interlocuteur qui s’engage sur une date tient son engagement bien plus souvent qu’un interlocuteur à qui l’on demande de payer « au plus vite ».

Étape 3 : la mise en demeure, à J+30

C’est le document qui change la nature du dossier. Il fait courir les intérêts de façon incontestable et il constitue la pièce que le juge demandera.

Ce qu’elle doit porter Pourquoi
Les mots « mise en demeure » Sans eux, ce n’est qu’une relance de plus
L’identité complète des deux parties Le juge doit pouvoir identifier qui réclame à qui
Le détail de la créance Numéro, date, montant, échéance dépassée, facture jointe
Un délai précis Huit à quinze jours, avec une date écrite
Ce qui suivra à défaut L’annonce de la procédure

Elle part en recommandé avec accusé de réception. Le récépissé est la preuve, et sans preuve la mise en demeure n’existe pas.

Étape 4 : décider si l’on va plus loin

C’est l’étape que l’on saute, et c’est la seule qui demande de réfléchir. Trois questions, dans cet ordre.

La créance est-elle contestée ? Si le client conteste la prestation elle-même, l’injonction de payer ne convient pas : il suffit qu’il s’y oppose pour que la procédure bascule au fond. Si la créance n’est pas contestée et qu’il ne paie simplement pas, l’injonction est l’outil adapté.

Le débiteur est-il solvable ? Un jugement contre une société en liquidation ne vaut rien. Une consultation rapide des annonces légales et des comptes publiés vous évite d’engager des frais pour un titre inexploitable.

Le montant justifie-t-il la démarche ? L’injonction de payer est peu coûteuse et se fait par écrit, sans audience. En dessous de quelques centaines d’euros, le temps passé pèse souvent plus que la somme.

Étape 5 : l’injonction de payer

Procédure écrite, sans audience, faite exactement pour les créances certaines et non contestées. Vous déposez la requête auprès du tribunal compétent avec vos pièces : facture, bon de commande ou devis signé, mise en demeure et son accusé de réception. Le juge statue sur pièces.

Si l’ordonnance est rendue, elle est signifiée au débiteur par commissaire de justice. Passé le délai d’opposition, elle devient exécutoire et permet la saisie.

Ce qui décide de l'issue se joue avant le litige

Les dossiers qui se gagnent sont ceux où les pièces existent : un devis signé, des conditions générales acceptées, une facture conforme, une mise en demeure avec son récépissé. Les dossiers qui se perdent sont ceux où la prestation a été rendue sur un accord verbal. Le recouvrement se prépare au moment du devis, pas au moment de l’impayé.

Ce qui empêche les impayés, avant qu’ils n’arrivent

Un acompte à la commande. La parade la plus efficace, parce qu’elle filtre en amont et limite la perte en aval.

Des conditions générales écrites et acceptées. Elles fixent le délai de règlement, le taux des pénalités, et la possibilité de suspendre une prestation en cas de non-paiement. Sans elles, vous appliquez les règles supplétives, qui sont moins favorables et plus lentes.

Un délai de règlement explicite sur chaque facture. « À réception » n’est pas une échéance : c’est une invitation à payer quand on y pensera.

Un suivi des échéances qui ne dépend de personne. Le point qui change tout n’est pas la sévérité des relances, c’est leur régularité. Une relance automatique envoyée le lendemain de l’échéance, à chaque fois, sans exception, obtient plus qu’une relance sévère envoyée trois fois par an quand la trésorerie serre.

Ce que fait OrgaVision

Les échéances sont suivies pour vous : chaque facture connaît sa date de règlement, et ce qui est en retard se voit sans qu’on ait à le chercher. Les relances peuvent partir seules, avec la facture jointe et le bon destinataire, ou après votre relecture si vous préférez garder la main. Les pénalités et l’indemnité forfaitaire figurent sur vos factures parce que ce sont des mentions obligatoires, et vous pouvez les appliquer d’un geste quand vous décidez de le faire.

Le reste est une affaire de constance, et c’est là que la mécanique aide : elle relance le lendemain, même le jour où vous n’y pensez pas.

Questions fréquentes

Au bout de combien de temps peut-on relancer une facture impayée ?
Dès le lendemain de l'échéance. Vous n'avez aucun délai de courtoisie à respecter : la date de règlement figure sur la facture, et le retard commence le jour suivant. Attendre une semaine par politesse est l'erreur la plus courante, parce qu'elle installe l'idée que votre échéance est indicative. Un premier rappel envoyé à J+1, neutre et bref, obtient le paiement dans une large majorité des cas.
Quelles pénalités de retard puis-je réclamer ?
Deux choses, et elles sont dues de plein droit dès le premier jour de retard, sans qu'il soit besoin d'une relance. D'abord une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture, prévue par le code de commerce. Ensuite des intérêts de retard, au taux indiqué dans vos conditions générales, et à défaut au taux légal majoré. Les réclamer n'est pas une agressivité, c'est la loi : c'est même une mention obligatoire de vos factures.
Que doit contenir une mise en demeure ?
Cinq éléments, et l'absence d'un seul l'affaiblit. Les mots « mise en demeure » écrits noir sur blanc. L'identité complète des deux parties. Le détail de la créance : numéro de facture, date, montant, échéance dépassée. Un délai précis pour payer, généralement huit à quinze jours. Et l'annonce de ce qui suivra à défaut. Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception : c'est ce récépissé qui fait courir les intérêts et qui servira devant le juge.
Quand faut-il passer à une procédure judiciaire ?
Quand la mise en demeure est restée sans réponse et que la créance n'est pas contestée sur le fond. La procédure d'injonction de payer est faite pour cela : elle est écrite, rapide, sans audience, et son coût est modeste. Elle ne convient pas si le client conteste la prestation elle-même, auquel cas il faut passer par une procédure au fond. Le vrai critère de décision n'est pas le montant, c'est de savoir si le débiteur est solvable : gagner contre une société liquidée ne rapporte rien.
Combien de temps ai-je pour agir ?
Cinq ans pour une créance entre professionnels, à compter de l'échéance. Le délai est plus court dans certains cas, notamment deux ans pour les biens et services vendus à un consommateur. C'est long sur le papier et très court en pratique : plus vous attendez, moins vous retrouvez les preuves, et plus le débiteur a eu le temps de disparaître.
Faut-il facturer un acompte pour éviter les impayés ?
C'est la parade la plus efficace, et de loin. Un acompte à la commande filtre les clients qui n'avaient pas l'intention de payer, et il limite la perte quand elle survient. Sur une prestation longue, un échelonnement en trois fois vous évite de découvrir un problème de trésorerie à la fin, quand tout le travail est déjà fait. C'est un point à écrire dans vos conditions générales, pas à négocier dossier par dossier.
Puis-je arrêter le travail en cours si le client ne paie pas ?
Souvent oui, mais cela ne s'improvise pas. La suspension doit être prévue par vos conditions générales ou par le contrat, et elle doit être précédée d'une mise en demeure restée sans effet. Arrêter brutalement une prestation en cours sans base contractuelle vous expose à être condamné pour inexécution, même si c'est vous qui n'êtes pas payé. C'est la raison pour laquelle des conditions générales bien écrites valent tous les recouvrements du monde.
Faut-il passer par une société de recouvrement ?
Cela se discute selon le montant et selon votre disponibilité. Une société de recouvrement se rémunère par un pourcentage de ce qu'elle récupère, souvent entre 10 et 25 %, ce qui reste intéressant sur une créance ancienne que vous aviez déjà passée par pertes et profits. En revanche, elle ne fera rien de plus que vous sur une facture de trois semaines : à ce stade, c'est votre propre relance qui est la plus efficace, parce qu'elle vient de la personne avec qui le client travaille.

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À propos de l'auteur

Dimitri Jacquin

Ingénieur Arts & Métiers, docteur en génie des matériaux, fondateur d'OrgaVision

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